Formation agile : pourquoi une certification ne développe pas l’employabilité

La phrase peut vous sembler directe et je l’assume, y compris auprès de ceux qui ont bâti leur carrière sur ce framewok. Alors je vais vous la préciser.

Ce qu’on a vendu, et ce que cela a produit

On a vendu l’idée qu’une méthode, une certification, un vocabulaire allaient vous rendre agile. Le raisonnement paraissait solide : apprendre le cadre, obtenir le badge, appliquer ce que certains appelaient des rituels.

Scrum, Kanban, SAFe, LeSS ou encore Scum@scale restent des cadres utiles et je continue à les utiliser sur le terrain quand le contexte s’y prête. Ils organisent le travail, ils créent des repères, ils donnent un langage commun à des équipes qui n’en avaient pas.

En revanche ce que ces frameworks ne touchent pas, c’est votre rapport intime au changement. Or c’est précisément là que tout se joue.

Le symptôme est facile à observer. Des profils LinkedIn qui accumulent les badges (vous les repérer facilement ; d’ailleurs certains l’annoncent même systématiquement avec fierté), des milliers d’euros investis en certifications, et des pratiques quotidiennes rigoureusement identiques à celles d’il y a cinq ans. Car soyons clair, ces méthodes ont peu évolué en 10 ou 20 ans. Du coup, mêmes réflexes en réunion, même rapport à l’incertitude, même difficulté à abandonner une approche qui ne fonctionne plus.

Ce que cherchent réellement les entreprises

Dans un environnement incertain, les organisations ne cherchent plus seulement des gens formés. Elles cherchent des gens capables de s’adapter vite quand le contexte bouge, d’apprendre en situation mouvante plutôt qu’en salle, de décider sans validation constante, et d’abandonner une solution devenue obsolète sans s’effondrer intérieurement ni passer trois semaines à la défendre corps et âme.

Elles cherchent une autonomie réelle et une capacité à produire de l’impact même quand tout change autour de soi.

Aucune de ces capacités ne figure au programme d’une certification de deux jours. Elles relèvent de ce que j’appelle l’agilité personnelle, par opposition à l’agilité organisationnelle.

Le mini-test qui règle la question en trente secondes

En vrai, trois questions suffisent à situer globalement où vous en êtes réellement.

  • Quand un projet change de direction au dernier moment, vous ajustez-vous rapidement, ou passez-vous d’abord par une phase de frustration, de découragement ou d’inertie qui dure plusieurs jours ?
  • Quand vous n’avez pas toutes les informations, avancez-vous quand même, ou attendez-vous d’être totalement sûr avant d’agir?
  • Quand vous réalisez qu’une approche ne fonctionne pas, pivotez-vous, ou vous acharnez-vous pour sauver votre ego, le temps déjà investi ou votre image ?

Comme vous pouvez le constater, vos réponses ne dépendent d’aucune méthode. Elles décrivent une posture, et une posture se travaille par un autre chemin qu’une formation théorique.

Deux dimensions fondatrices

L’agilité personnelle se décompose en 8 +2 dimensions (les deux sont fondatrices).

Le Changement, c’est votre tolérance à l’incertitude, votre vitesse d’adaptation comportementale, votre capacité à agir avec une information incomplète et à rebondir après un échec.

La Valeur, c’est votre discipline à concentrer votre énergie sur ce qui compte, à éliminer le superflu, à éviter les tâches qui procurent l’illusion d’avancer.

Un professionnel solide sur ces deux dimensions traverse chaque changement de cadre méthodologique sans perdre pied. Un professionnel certifié sur 1, 2 voire 3 frameworks mais fragile sur ces deux dimensions clés de l’agilité personnelle se retrouve en difficulté au premier virage sérieux.

Ce que cela change pour vos dispositifs de formation

Pour une direction des ressources humaines ou une équipe R&D, ce constat a des conséquences très concrètes, et elles expliquent une bonne partie de la déception ressentie après les grands plans de formation à l’agilité, que ce soit à titre individuel ou à l’échelle de l’entreprise.

La durée du format ne correspond pas à l’objet d’apprentissage. Une compétence technique s’acquiert dans une salle de cours. Une posture se transforme dans la durée, en contexte, avec de la répétition et des feedbacks sur sa pratique. Deux jours produisent de la connaissance, jamais du comportement.

La mise en pratique reste orpheline. Le collaborateur revient dans son organisation, seul, avec un support de cours et aucun dispositif d’accompagnement. Le taux de transfert dans la pratique réelle est ce qu’il est, et tout le monde le sait.

On évalue la satisfaction de la session plutôt que le changement. Les questionnaires à chaud mesurent la qualité du formateur et le confort de la salle. Aucun indicateur ne dit si, six mois plus tard, quoi que ce soit a bougé dans les comportements.

Ce que je constate depuis quasiment 20 ans dans les transformations que j’accompagne, c’est que les dispositifs qui produisent un effet durable partagent trois caractéristiques : ils s’étalent sur plusieurs semaines, ils imposent une mise en action entre chaque session, et ils comportent un temps d’accompagnement individuel où la personne travaille sur sa situation réelle.

C’est aussi ce qui explique le succès du coaching professionnel et des séances de codéveloppement managérial : ils rencontrent le collaborateur dans son contexte, pas dans une salle de classe !

L’expérimentation de vingt-quatre heures

Pour rendre cela immédiatement concret, voici un exercice que je propose à mes clients.

Choisissez une seule zone de friction cette semaine. Un seul sujet qui vous met mal à l’aise. Testez une approche différente pendant 24 heures, observez ce qui se passe, ajustez, et notez ce que vous avez appris.

Répétée chaque semaine, cette micro-expérimentation produit davantage de transformation qu’une certification que vous passez une fois par an, en 2 jours. Elle entraîne exactement les capacités que le marché valorise : agir malgré l’incertitude, apprendre vite, ajuster sa trajectoire en cours de route.

L’employabilité durable ne vient pas de l’accumulation de ce que vous savez faire. Elle vient de votre capacité à bouger plus vite que votre inconfort.

S’il y a des RH qui me lisent. Voilà une question pour vous : sur votre dernier plan de formation à l’agilité, quel indicateur vous dit ce qui a réellement changé dans les pratiques des gens, six mois après ?

A propos de jc-Qualitystreet (Jean Claude Grosjean) 507 Articles
Jean Claude GROSJEAN - COACH d’Organisation. Coach d'Equipes - Coach Agile. J’accompagne la transformation des organisations et coach les PERSONNES, les EQUIPES dans leur nouveau parcours. La facilitation & la formation font aussi partie de mes activités. Me contacter: 06.20.98.58.40

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