Coach prends garde à toi: ne joue pas les Zorro !

Ou comment le coach se positionne-t-il vis-à-vis du Triangle dramatique … ?

Le triangle Dramatique de Karpman

Le triangle dramatique (Triangle de KARPMAN), est issu de l’Analyse Transactionnelle. Le modèle est un outil de coaching très utilisé et un modèle tout à fait pertinent tant sur le plan personnel que sur les problématiques professionnelles quand il s’agit d’analyser nos relations avec autrui… le champ politique est aussi un terrain de jeu « passionnant »…

Le triangle représente 3 rôles (Persécuteur, Sauveur et Victime). Dés que notre interlocuteur endosse l’un de ces 3 rôles, nous sommes invités, consciemment ou inconsciemment, à entrer nous aussi dans le triangle, en adoptant l’un des deux rôles restant.

Ex : « aujourd’hui, je n’arrive décidément à rien, je ne sais pas quoi faire » Notre interlocuteur se positionne en tant que victime , il nous invite à devenir « Sauveur » (le plus souvent) ou « Persécuteur »

Or entrer dans ce jeu psychologique est stérile et peut s’avérer nocif, voire toxique et même destructeur selon l’intensité, et si le jeu se prolonge …

En tant que coach agile, la risque est grand de se retrouver volontairement  ou involontairement, systématiquement ou non dans la posture du Sauveur. Les invitations  à adopter régulièrement le rôle de Persécuteur existent aussi… Tout l’art du coach consiste alors à éviter d’entrer dans ce triangle et le cas échéant d’en sortir sans encombre !

Les 3 rôles: Persécuteur, Victime et Sauveur

Même si nous adoptons généralement une position préférentielle, le flux des échanges et la mécommunication nous amenent à changer de rôle, y compris dans nos interactions  avec une même personne!

  • Le Persécuteur se place dans une posture de domination et de superiorité. Il cherche au travers des échanges à exercer son autorité, à en imposer … Avec ou sans agressivité, il va dévaloriser celui ou celle qui sera sa victime et chercher à la plonger puis à la maintenir dans un sentiment d’infériorité. Ecraser, harceler, laisser peu de place ou d’autonomie sont des comportements qu’on observe régulièrement de le part des persécuteurs dans le monde professionnel. Le Persécuteur a besoin de victimes pour exister et se libérer ainsi de ses propres frustrations…
  • La Victime se place quant à elle en position d’infériorité, se dévalorise… (vous vous souvenez de Calimero… ). Le plus souvent, la victime invite ses interlocuteurs à agir en tant que sauveur mais elle peut aussi attirer le Persecuteur, se plaçant dés lors soit dans une attitude de soumission ou de rebellion… N’oubliez pas sans victime, pas de persécuteur…
  • Le Sauveur est quant à lui souvent invité par la victime mais pas seulement… il a aussi pour caractéristique de placer l’autre dans une situation de dépendance allant même jusqu’à aider une victime sans qu’elle l’ait demandé…
    • «Je sais ce qui est bon pour vous, laissez moi faire…»
    • «Vous avez besoin de moi»

Et le coach Agile dans tout cela?

Vous l’avez deviné, vous avez le titre de l’article:)

La tentation peut être grande d’apporter immédiatement des réponses à certains problèmes ou d’anticiper en proposant spontanément « les bonnes solutions ». Or l’objectif du coach Agile est de favoriser l’autonomie des personnes (ScrumMaster, Product Owner ou encore Managers) et des Equipes.  Endosser le rôle du Sauveur peut sembler plus facile, rapide; certes cela peut être aussi valorisant  mais quel besoin le coach cherche -il à satisfaire, son propre besoin de reconnaissance et de valorisation ou les besoins d’apprentissage et d’autonomie des personnes qu’il accompagne?

A long terme ce n’est donc pas jouable ; à court terme l’inconfort proposé par certains jeux psychologiques, l’épuisement qu’il engendre peuvent aussi conduire le coach vers cette prise de conscience du sentiment d’urgence, et de  la nécessité de sortir du Triangle!

Cela dit, la question Agile, car nous parlons de coaching agile, est une difficulté supplémentaire. Il est donc nécessaire de s’interroger aussi sur nos propres pratiques et ce qu’on attend de nous. Le coach Agile possède indéniablement une forte expertise de l’agilité; il est passé par des contextes variés et a potentiellement vécu des situations similaires. Nos clients nous attendent aussi pour cela, des retours d’expérience, des trucs & astuces… des réponses rapides à des questions qu’ils se posent, bref du conseil. Des compromis sont donc nécessaires; pourquoi pas,, tant que ceux-ci ne nous font pas entrer dans le Triangle et qu’ils font progresser nos interlocuteurs !

Des pistes (toutes personnelles et donc à challenger) pour nous autres coach agiles

  • Savoir reconnaître le triangle dramatique et le jeu psychologique qui se joue… la connaissance du modèle est un prérequis; durée, intensité, inconfort de la situation seront des indices forts
  • Identifier la position préférentielle de nos interlocuteurs, les sensibiliser en douceur au Triangle Dramatique pour les inviter à sortir eux même du triangle. Le triangle thérapeutique peut être une bonne inspiration (Puissance/ Permission / Protection)
  • Apprendre à se connaitre, identifier nos propres besoins, nos limites; maîtriser nos réactions pour mieux se sortir du Triangle ou mieux ne pas y entrer!
  • Prendre du recul et le temps de la réflexion… Le schéma proposé par Lyssa Adkins quand un problème surgit et remonté au coach, est à la fois simple et ultra pertinent:

Problem -

Pause -

Reflect -

Take the problem to the team -

Let the team act

  • Impliquer un maximum nos clients pour mieux se focaliser sur les besoins de ceux-ci et lever le risque de devenir le Zorro des projets Agile!

Jean Claude GROSJEAN - COACH d’Organisation. Coach d'Equipes - Coach Agile. J’accompagne la transformation des organisations et coach les PERSONNES, les EQUIPES dans leur nouveau parcours. La facilitation & la formation font aussi partie de mes activités. Me contacter: 06.20.98.58.40

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6 thoughts on “Coach prends garde à toi: ne joue pas les Zorro !

  1. Tu es formé toi-même à l’analyse transactionnelle ?
    On voit quand même que tout rôle de coaching, qu’il soit agile ou de vie, on arrive vite à devoir apprendre les mêmes techniques.
    Coach agile ou coach tout court du coup?
    Peut-on vraiment séparer les disciplines quand on veut avoir une approche intégrale ?

  2. Hello Ugo,
    Tout à fait d’accord! Dans coach agile, il y aussi coach; le coach agile adopte aussi cette posture en se servant des outils dont il dispose. Les outils de l’AT, je pense à cette notion de jeux psychologiques ou encore aux positions de vie, font partie de cet arsenal, en complément avec d’autres approches ou techniques…
    Merci de ton feedback
    Jc

  3. Merci pour cet article qui rappelle que la position haute est très souvent dommageable. On peut également garder à l’esprit la différence entre la plainte et une demande réelle ainsi que les conditions pour répondre à une demande :
    - est-ce que la demande est exprimée ?
    - est-ce que j’ai les compétences pour y répondre ?
    - est-ce que j’ai envie d’y répondre ?
    - est-ce que je ne fais que 50% du travail ?
    Reste que nous sommes des humains avec notre ego qui m’évoque l’art d’éplucher l’oignon selon les bouddhistes !
    Amicalement,

  4.  » l’objectif du coach Agile est de favoriser l’autonomie des personnes (ScrumMaster, Product Owner ou encore Managers) et des Equipes ».

    Il me semble que le ScrumMaster partage aussi cet objectif. Même s’il n’est pas le « coach » de l’équipe, il me semble qu’il a tout intérêt à ne pas entrer dans ce triangle infernal. C’est notamment ce comportement qui fait la différence entre un ScrumMaster et un chef de projet.

    Non ?

  5. @dibus Juste également. Le scrumMaster agit avant tout en faciliateur au niveau de l’équipe. Il est aussi là pour lever les obstacles…
    Le risque d’entrer dans le triangle dramatique concerne aussi le ScrumMaster… et entrer dans le triangle dramatique quelle que soit la personne et le rôle adopté n’est jamais bon!!!

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