Depuis dix-huit mois, tous les articles consacrés à l’intelligence artificielle convergent vers la même conclusion : la compétence la plus précieuse du siècle serait la capacité à apprendre en continu. Lire davantage, suivre des webinaires, pratiquer le microlearning quotidien, rejoindre des communautés professionnelles.
Le raisonnement est solide et pourtant il est largement insuffisant.
La donnée qui devrait vous alerter
Le World Economic Forum, dans son Future of Jobs Report publié en janvier 2025, avance un chiffre précis : 39% des compétences actuelles des travailleurs seront transformées ou deviendront obsolètes entre 2025 et 2030. Le rapport ajoute une nuance intéressante, ce niveau d’instabilité recule par rapport aux 44% mesurés en 2023 et au pic de 57% atteint en 2020.
Arrêtez-vous sur un mot : obsolètes.
Le WEF ne dit pas seulement que vous allez devoir acquérir de nouvelles compétences. Il dit que près de 4 compétences sur 10 parmi celles que vous mobilisez aujourd’hui vont cesser de produire ce qu’elles produisaient. Ce sont deux mouvements distincts, et le second ne se règle pas en s’inscrivant à une formation supplémentaire.
L’illusion de l’accumulation
J’observe régulièrement le même phénomène chez des professionnels très investis dans leur développement. Ils consomment énormément. Newsletters, podcasts, livres, conférences, formations courtes, certifications. Bref du volume, et pour autant leur pratique quotidienne n’a pas bougé d’un iota.
Ce qui bloque ici tient à la saturation. Les nouvelles approches viennent se poser sur des habitudes anciennes qui occupent déjà tout l’espace disponible, et la nouveauté reste à l’état de connaissance passive. Vous savez, vous ne faites pas.
La surconsommation de contenu produit un sentiment de progression sans progression réelle. Elle est confortable, elle se mesure en heures, et elle reste largement stérile.
Trois signaux d’une compétence devenue obsolète
Reconnaître ce qu’il faut abandonner demande un peu de méthode. Trois signaux reviennent régulièrement.
- Premier signal : vous ne savez plus dire à quoi sert cette pratique. Vous la maintenez parce qu’elle fait partie du décor, et l’expliquer à un nouveau collègue vous demanderait un effort suspect.
- Deuxième signal : son résultat n’est plus datable. Vous ne parvenez pas à identifier le dernier moment où elle a produit une décision, une action, un ajustement ou une information utile.
- Troisième signal : elle vous rassure plus qu’elle ne vous informe. Certains rituels professionnels survivent uniquement parce qu’ils réduisent l’anxiété de celui qui les tient.
Ce que recouvre vraiment l’apprenance
Dans les 10 dimensions de l’agilité personnelle, la dimension Amélioration & Apprentissage Continus intègre explicitement deux capacités que la littérature managériale traite rarement ensemble.
- La première est l’apprenance, cette capacité à apprendre à apprendre, à identifier vos propres mécanismes d’acquisition, à choisir vos sources plutôt qu’à les subir.
- La seconde est le désapprentissage : votre capacité à abandonner une méthode, une croyance ou une routine devenue inefficace. Elle rejoint directement la dimension Changement, qui mesure notamment votre aptitude à lâcher une solution qui ne produit plus.
Ces deux capacités se renforcent mutuellement. Vous n’intégrez durablement une nouvelle pratique que si vous avez libéré l’espace qu’elle doit occuper.
La Stop Doing List
J’utilise depuis des années un outil d’une simplicité déconcertante : une feuille, un titre, Stop Doing List.
Chaque trimestre, j’y inscris les pratiques que je continue d’appliquer par habitude et qui ne produisent plus de résultat identifiable. Une routine de suivi devenue mécanique, un format d’atelier, une veille sur un sujet qui ne nourrit plus rien de ce que je fais.
Trois règles rendent l’exercice utile.
- Nommez précisément. « Être plus efficace » n’est pas une entrée valable. « Ne plus produire de compte rendu écrit après les points hebdomadaires » en est une.
- Datez la dernière fois où cette pratique a produit quelque chose. Si vous ne trouvez pas de date, vous avez votre réponse.
- Arrêtez pendant 30 jours avant de trancher définitivement. L’arrêt temporaire coûte moins cher psychologiquement que la suppression, et il vous donne une donnée réelle sur l’utilité de la pratique.
Le geste à poser cette semaine
Ouvrez votre agenda des trois derniers mois. Repérez une activité récurrente que vous menez depuis au moins deux ans. Demandez-vous quel impact concret elle a produit sur ce trimestre.
Si la réponse est floue, mettez-la en pause.
Vous venez d’ouvrir de l’espace. C’est là, et seulement là, que votre prochain apprentissage aura une chance de s’installer.
Ce qui distingue réellement les profils agiles
Les professionnels les plus agiles que je croise sur le terrain se distinguent par la vitesse à laquelle ils abandonnent ce qui ne marche plus, bien davantage que par le volume de ce qu’ils absorbent.
C’est une compétence qui se travaille, au même titre que les 9 autres dimensions de l’agilité personnelle. Elle se mesure, elle s’entraîne, et elle produit des effets visibles en quelques semaines dès lors qu’on lui donne un cadre. Le programme Booster Agilité Personnelle™ est construit exactement là-dessus.
