Droit à l’erreur : ce que Michael Jordan dit de ses 9000 tirs ratés

6 titres NBA, 5 fois meilleur joueur de la ligue, considéré par beaucoup comme le plus grand basketteur de tous les temps.

Dans l’une de ses déclarations, Michael Jordan choisit de parler d’autre chose que de ses titres. Plus de 9000 tirs manqués au cours de sa carrière. Près de 300 matchs perdus. 26 fois on lui a confié le tir de la victoire, 26 fois manqué ! Sa conclusion tient en un point : cet enchaînement d’échecs explique selon lui sa réussite.

On lit généralement cette déclaration comme un éloge de la persévérance. Continuer malgré les revers, ne pas se décourager etc…

Oui et pas seulement. Ce que ces chiffres décrivent avant tout, c’est un volume de tentatives. 9000 tirs manqués ça signifie des dizaines de milliers de tirs pris, avec à chaque fois un feedback immédiat sur chacun d’eux.

Chaque tir raté a appris quelque chose sur le geste. Chaque match perdu a montré ce qu’il fallait corriger. , Michael Jordan a développé une vitesse d’ajustement supérieure aux autres parce qu’il s’est exposé plus souvent qu’eux à l’information que produit l’échec.

Aussi la progression ne se mesure pas au nombre de réussites. Elle se mesure au nombre d’expérimentations tentées en acceptant le risque de se tromper.

Les deux profils que j’observe dans les entreprises

Dans mes accompagnements, je vois deux profils par rapport aux expérimentations, par rapport à l’echec.

  • Il y a ceux qui évitent l’expérimentation par crainte de se tromper. Leur travail est « propre », leurs décisions sont OK, et leur courbe de progression s’aplatit après quelques années. Ils accumulent de l’expérience sans vraiment accumuler d’apprentissages, parce qu’ils répètent des situations qu’ils maîtrisent déjà.
  • Il y a ceux qui multiplient les tentatives en acceptant l’échec comme une composante du processus. Leur parcours paraît moins linéaire sauf qu’à un moment ils accélèrent nettement.

Éviter d’expérimenter revient à choisir une stagnation confortable plutôt qu’une progression inconfortable. Dans trois ans, l’expertise sera la même qu’aujourd’hui, sur un marché qui aura changé.

Rendre l’échec exploitable !

Un échec ne produit pas automatiquement un apprentissage. Trois conditions le rendent utile et utilisable.

  1. Calibrer la taille de l’expérimentation. Un échec dont le coût vous met en difficulté ne s’analyse pas, il se subit. L’expérimentation efficace se conçoit pour que le pire scénario reste absorbable. C’est ce qui permet d’en faire beaucoup.
  2. Fermer la boucle de feedback (mode lean startup) rapidement. Un tir donne son résultat en une seconde. Un projet lui peut mettre un certain temps, des semaines voire des mois et l’enseignement se dilue en route. Réduire le délai entre l’action et le retour vaut plus que multiplier les actions (d’où les cycles itératifs agile, les démo et rétrospectives régulières).
  3. Distinguer l’erreur d’exécution de l’erreur d’hypothèse. La première dit que vous avez mal fait quelque chose de juste, et se corrige par la pratique (pour ceux qui font du Vibe coding ; on est là-dessus). La seconde dit que vous avez bien fait quelque chose d’inutile, et impose de changer de direction, de pivoter stratégiquement.

Le droit à l’erreur dans une équipe

Côté collectif, le sujet se joue moins dans les discours que dans un moment précis : celui qui suit la première erreur visible.

Une équipe n’écoute pas les belles théories ou valeurs affichées sur le droit à l’erreur. Elle observe concrètement ce qui arrive à la personne qui s’est trompée. Si cette personne est « punie », « bannie », perd en périmètre, en visibilité ou en crédit, tout le monde a compris, et plus personne ne tentera quoi que ce soit.

D’un point de vue leadership et à mi-chemin entre sécurité psychologique et expérimentation, trois pratiques rendent le droit à l’erreur crédible :

  • Parler concrètement de ses propres erreurs récentes, pas en théorie mais sur du concret.
  • Analyser publiquement ce qui a été appris plutôt que de chercher un coupable ou celui qui a décidé au départ.
  • Et confier la tentative suivante à la même personne, ce qui constitue le signal le plus fort de tous. Et oui !

Alors dites-moi quelle est la dernière chose que vous avez tentée sans être certain qu’elle allait fonctionner ?