MVP : elle a préparé son offre pendant 6 mois avant de la tester

Pauline est freelance en stratégie digitale. Brillante, légitime sur son sujet, un parcours qui parle de lui-même.

Quand nous nous rencontrons, elle prépare sa nouvelle offre depuis six mois. Le positionnement est travaillé, les livrables sont définis, la grille tarifaire existe en trois versions, sa page de vente est rédigée. Tout est presque prêt.

6 mois. Zéro client. Zéro test. Zéro retour du marché.

La question qui a tout révélé

Je lui alors pose une question directe :

« Combien de clients potentiels vous ont dit que votre offre ne valait rien ? »

Silence.

Personne n’avait vu l’offre. Pas un prospect, pas un ancien client, pas l’un de ses confrères. Six mois de travail sérieux sur un objet que « le marché » n’avait jamais rencontré.

La sur-préparation fonctionne comme une protection

Ce schéma se retrouve chez une large partie des indépendants et des professionnels que j’accompagne. Il ressemble à de la rigueur et il en a toutes les apparences : le travail est réel, la qualité progresse, les journées sont bien remplies.

Ce qu’il produit est plus ambigu. Tant qu’une offre n’a pas rencontré le marché, elle ne peut pas échouer. Elle reste dans un état où tout est encore possible, où le potentiel demeure intact, où aucun refus n’est venu entamer la conviction de départ. Peaufiner permet de rester dans cet état aussi longtemps qu’on le souhaite, et évidemment ça a un côté confortable.

Chaque semaine d’affinage supplémentaire achète un peu de confort et repousse un peu plus le moment de vérité. La difficulté, c’est que ce coût ne se voit nulle part. Aucun indicateur ne signale les six mois pendant lesquels une offre est restée dans un tiroir. Le manque à gagner reste invisible, alors que le travail accompli, lui, se voit très bien.

Ce qu’un MVP produit que six mois de préparation ne produisent pas

Le principe du MVP c’est-à-dire la version minimale testable d’une idée (en particulier pour valider une hypothèse), qui nous vient du Lean Startup, s’applique parfaitement à une offre de service. Il repose sur une bascule simple : arrêter de chercher à réduire l’incertitude par la réflexion, et commencer à la réduire par le contact avec le « réel ».

Six mois de préparation solitaire produisent une offre cohérente avec l’idée QUE VOUS VOUS faites du marché. Une semaine de test produit une offre cohérente AVEC le marché lui-même. Ce sont deux objets très différents, et seul le second se vend.

La préparation garde toute son utilité, nous sommes d’accord. Elle devient exploitable au moment où elle se connecte à des retours réels, et elle tourne à vide tant que ce contact n’a pas eu lieu.

Ce que Pauline a obtenu en une semaine

Je lui propose un test minimal : appeler cinq prospects dans la semaine, avec l’offre imparfaite, en annonçant clairement qu’il s’agit d’un test.

Une semaine plus tard, le bilan tient en trois lignes.

Trois retours réellement utiles, dont deux qui remettaient en cause un pan entier de son positionnement. Un angle qu’elle n’avait jamais envisagé et qui est devenu le cœur de son offre. Un client signé, avec la version imparfaite.

En sept jours, elle avait appris davantage sur son marché qu’en six mois de travail seule devant son écran. Le client signé compte bien sûr et l’angle découvert compte davantage : il ne serait jamais sorti d’une réflexion en chambre, parce qu’il venait d’un besoin qu’elle n’avait pas identifié.

Construire le test minimal de votre offre

La méthode tient en quatre étapes, et se déroule en une semaine.

  • Etape 1 : Formulez l’hypothèse de valeur. Pas l’ensemble de votre offre, la croyance sur laquelle tout repose et dont l’invalidation ferait tomber le reste. Le plus souvent, elle porte sur le problème que vous pensez résoudre plutôt que sur la solution que vous proposez.
  • Etape 2 : Choisissez cinq interlocuteurs réels. Des personnes qui pourraient acheter cette future offre ou ce futur produit, pas des proches bienveillants ni des confrères. Cinq suffisent pour voir apparaître les récurrences.
  • Etape 3 : Présentez la version imparfaite en annonçant que c’en est une (par exemple : c’est une version Beta). Cette précision change tout : elle vous libère de la posture commerciale et autorise votre interlocuteur à être franc. Un prospect à qui l’on demande un avis répond différemment d’un prospect à qui l’on vend.
  • Etape 4 : Écoutez les objections, pas les compliments. Les compliments flattent l’ego et les encouragements ne contiennent aucune information exploitable. Les hésitations, les questions récurrentes et les silences en contiennent beaucoup. Notez précisément ce qui revient chez au moins trois personnes sur cinq.

Faites tout cela sous 7 jours.

Le risque a changé de camp

L’argument en faveur de la préparation longue a longtemps tenu : plus vous préparez, moins vous risquez (fut un temps on avait la même chose avec les projets informatiques).  Il reposait sur un marché stable, où une bonne réponse restait bonne pendant plusieurs années.

Dans un environnement qui se recompose tous les six mois, attendre d’avoir tout parfait revient à garantir votre arrivée avec la bonne réponse à une question que le marché ne se pose plus. La fonctionnalité idéale sur un terrain que le concurrent occupe déjà. L’offre parfaite pour un besoin qui a évolué pendant que vous la construisiez.

Apprendre de ses erreurs en quelques jours coûte toujours moins cher que d’en apprendre en plusieurs mois.

Ce que cela demande, au fond

Tester tôt suppose d’accepter d’être vu avec quelque chose d’inabouti. Oui c’est vrai. Pour un professionnel dont la crédibilité constitue le principal actif, la résistance est réelle et mérite d’être prise au sérieux.

C’est la dimension Expérimentation de l’agilité personnelle : cette audace intelligente face à l’inconnu, cette capacité à préférer un apprentissage rapide à une protection confortable. Elle se travaille, elle se muscle par répétition, en commençant par des tests dont l’enjeu reste modeste.

Pauline a fait cinq appels. C’est tout ce qu’il a fallu pour transformer six mois de travail en une offre vendable.

Alors voilà ma question : quel projet peaufinez-vous depuis trop longtemps, et quelle serait sa version minimale testable dès cette semaine ?

A propos de jc-Qualitystreet (Jean Claude Grosjean) 506 Articles
Jean Claude GROSJEAN - COACH d’Organisation. Coach d'Equipes - Coach Agile. J’accompagne la transformation des organisations et coach les PERSONNES, les EQUIPES dans leur nouveau parcours. La facilitation & la formation font aussi partie de mes activités. Me contacter: 06.20.98.58.40

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